Fouilles archéologiques
La ville était un centre métallurgique remarquable
Commandité par la communauté de communes, la société Arkemine a réalisé une campagne de fouilles archéologiques dans le cadre du développement de la ZA nord de Livarot au printemps 2007. Christophe Colliou, archéologue en charge de la fouille, est venu présenter les conclusions de ses recherches.
Datant du 1er siècle au 2ème siècle après JC, le site a dévoilé une importante zone de production métallurgique et jusqu’à présent seul deux sites métallurgiques avaient été répertoriés dans le Calvados. Le site de Livarot a été découvert suite à un diagnostic réalisé en 2004 et la fouille eut lieu au printemps 2007 sur une emprise de 4500m².
En quelques chiffres, 63 structures fossoyées, 30 canaux et fossés, 22 puits, 6500 kg de matériel en relation avec la métallurgie ont été retrouvés.
La métallurgie
Selon Christophe Colliou, Livarot était un centre de production métallurgique remarquable. Les volumes de production devaient être très importants car au-delà de la zone fouillée, des livarotais disent avoir récupéré dans leur jardin des déchets de fer. Après plusieurs prélèvements de ces scories, il s'est avéré qu'elles avaient la même composition chimique que celles retrouvées sur le site. De plus dans la littérature livarotaise, certains auteurs disent que Livarot serait assis sur un énorme tas de mâche-fer.Cet artisanat devait être dirigé vers une forme d’exportation. Après analyse des culots de forges retrouvés, 5 séries d’objets métalliques ont été identifiés, on ne serait donc pas sur un simple petit artisanat local. Par ailleurs, la céramique retrouvée laisse supposer un niveau de richesse dans la moyenne de l’époque.
En revanche, la provenance du minerai reste une énigme pour l’équipe d’archéologues. Généralement, l’extraction se faisait sur site mais là, il n’y avait pas de mine. Le minerai aurait pu être acheminé directement pour être transformé, ce qui implique une gestion du territoire rigoureusement organisée.
Deux curiosités
Par ailleurs, 22 puits dont un resté avec le cuvelage en bois ont été découverts sur les 4500m² fouillés. Les archéologues ont cherché à comprendre ce qui explique une telle concentration de puits sur un si petit territoire. Des simples puits à eau, l’hypothèse semble peu probable pour Christophe Colliou qui a montré que ceux-ci avaient une durée de vie très limitée.
Au fond de ces puits, Christophe Colliou et son équipe ont procédé au prélèvement d’une sorte de sable noir appelé « glauconie ». A l’époque gallo-romaine, la glauconie servait de pigment pour enduits peints. Approfondissant le sujet, il s’est rendu au musée de Lisieux où des enduits provenant de la fouille de l’hôpital étaient exposés.
Même époque, même couleur, même granulométrie, les nodules de Livarot et ceux des enduits peints de Lisieux correspondent chimiquement. De plus dans l’un des enduits de Lisieux, une scorie s’est retrouvée prise au piège, celle-ci correspond également à celles retrouvées sur le site de Livarot.
Les enduits peints de Lisieux viendraient-il de la matière première de Livarot, rien n’est moins sur car on retrouve de la glauconie partout sur le territoire, mais avec ce sujet l’archéologue crée un précédent car aucune source de la sorte n’est connue. Le creusement des puits pourrait donc être lié à la recherche de glauconie.
Autre découverte insolite, les archéologues ont trouvé du verre de différentes couleurs attirable à l’aiment. Dans tout l’empire, les verres avaient la même composition alors que le verre retrouvé à Livarot est différent, celui-ci est stable chimiquement car il y a du fer dedans.
A présent l’archéologue souhaiterait poursuivre son investigation, tout d’abord à partir des travaux de Claude Lemaître, archéologue responsable de la fouille de l’hôpital de Lisieux, puis sur d’autres sites pour essayer d’avoir une idée précise de la zone de diffusion.